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N°4= The Chaser, le chef d'oeuvre de Na Hong-jin !!

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The Chaser

Écrit et réalisé par Na Hong-jin


"ARRÊTE DE BOUGER, SINON ÇA TE FERA ENCORE PLUS MAL...!!"





Premier long-métrage de l'inattendu Na Hong-jin, The Chaser est un film criminel étonnamment sombre. Joong-ho, un ancien flic devenu proxénète voit ses filles se volatiliser les unes après les autres et réalise qu'elles étaient toutes allées voir le même client, juste avant de disparaître. Si Joong-ho veut retrouver cet homme et régler ses comptes, il ferait mieux de se hâter, car Mi-jin vient tout juste de tomber à son tour dans le piège macabre et personne n'est conscient de l'enfer qu'elle y subira... Plus qu'un film asiatique ayant réussi à bénéficier d'une certaine campagne promotionnelle française (!!!), The Chaser s'avère être une oeuvre surprenante et finement ciselée.

Les plans du début nous montrant l'une des prostituées en train de conduire le véhicule du tueur jusqu'à son domicile sont éloquents. Tournant à chaque intersection et escaladant progressivement le dénivelé urbain, les personnages semblent répéter le même mouvement dans l'image, de façon presque maladive. Parsemées de voitures et ponctuellement éclairées par les vieux sinistres des lampadaires, les rues nocturnes se ressemblent toutes et l'environnement se métamorphose en un horrible dédale, dans lequel progresser n'est plus qu'une illusion.

La progression n'est pas l'idée maîtresse du film. Pour preuve, l'identité du meurtrier nous est révélée dès le début, et le but n'est pas de trouver qui, et à peine pourquoi. Entre des forces de l'ordre aussi paresseuses qu'inefficaces, un tueur qui fait tourner ses geôliers en bourriques avec moult faux-indices et un anti-héros qui ne (se) pose pas les bonnes questions, The Chaser fonctionne paradoxalement sur l'absurdité de ses situations, mais dont l'enchaînement, fluide et maîtrisé, les structure en un ensemble de rouages habilement disposés. En tant qu'illustration de ce ridicule, l'humour noir qui ponctue régulièrement le film dénonce un monde gangrené de l'intérieur par sa propre folie.

Des gouttes de sueur perlant sur un visage épuisé à la crasse et l'humidité recouvrant les parois, en passant par les effusions de sang à chaque coup porté, The Chaser exhibe effrontément son esthétique organique. Que nous soyons sur les hauteurs d'une montagne, boueuses et inondées par la pluie, ou enterrés dans les caves et salles de bains sombres et exiguës, tout semble nous ramener à une sinistre anatomie de notre propre nature. A vrai dire, le constat en est d'autant plus effrayant que les personnages se poursuivent, se perdent et semblent désespérément tourner en rond dans le quartier labyrinthique de l'introduction du film, cage thoracique de l'intrigue. La question qui subsiste à la fin n'est pas tant de se demander si The Chaser est ce que nous pourrions devenir, mais pire, s'il n'est pas ce nous serions déjà...


Pierre-Louis Coudercy



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